La Renaissance aux Pays-Bas
Sculptures Renaissance des Pays-Bas
La sculpture Renaissance est rare aux Pays-Bas, et ce n'est pas un hasard : l'iconoclasme de 1566 puis le culte réformé ont fait disparaître presque toutes les images d'église. Ce qui reste tient en trois familles — les tombeaux des princes, le mobilier rescapé, et les bronzes civiques de la République, l'Érasme de Rotterdam en tête. HitsMap en recense 18.
Pourquoi si peu de pierre
Utrecht fut pendant deux siècles la capitale de la sculpture des Pays-Bas du Nord : des dizaines d'ateliers y taillaient retables de chêne doré et épitaphes de pierre, Adriaen van Wesel en tête, puis le maître anonyme qu'on nomme d'après ses têtes de femmes. En quelques jours de l'été 1566, les marteaux ont abattu presque tout ; après 1580, une église réformée ne veut plus de saints. Ce qui a survécu suit une logique simple : ce qui était enfoui, ce qui était un tombeau, ce qui n'avait pas de figure de saint, et ce qui n'était pas dans une église. D'où la carte de ce pilier — des fragments retrouvés en fouilles, des gisants respectés comme monuments, des grilles et des stalles réemployées, une cheminée d'hôtel de ville, des bronzes de cabinet. Les sculpteurs eux-mêmes sont partis : Tetrode à Florence, Van der Schardt à Nuremberg, Adriaen de Vries à Prague. Et le plus grand jubé du pays a été vendu à Londres en 1866.
Trois familles
Les tombeaux. À Breda, dans la Prinsenkapel, le tombeau d'Engelbrecht II de Nassau (années 1530) fait porter la dalle du comte par quatre héros antiques en albâtre — César et Regulus lisibles, Hannibal et Philippe de Macédoine supposés ; l'attribution oscille entre le cercle de Vincidor et Jean Mone. Le transi de René de Chalon, attribué à Ligier Richier, montre debout le prince d'Orange écorché tendant son cœur : il est à Bar-le-Duc, Breda n'en garde qu'une réplique et le corps de celui qui légua Orange à Guillaume de Nassau. À Arnhem, le tombeau de Charles de Gueldre (après 1538) entoure le gisant d'albâtre de seize reliefs d'un maître inconnu ; à Hattem, une dalle de 1522 grave un bailli en armure, encore gothique. Puis la République prend le relais : le monument de Jacob van Heemskerck à l'Oude Kerk d'Amsterdam (1608-1609) est le premier tombeau payé par les États généraux, et le mausolée de Guillaume d'Orange à Delft (1614-1623) leur grande commande.
Le mobilier rescapé. Le chœur de cuivre de Haarlem — lutrin au pélican de 1499, stalles de 1512, grille fondue par Jan Fyerens de Malines — est resté en place ; les stalles de Breda cachent sous leurs sièges des miséricordes à diables et à monstres ; le jubé d'Amersfoort (v. 1475-1480) reçoit au XVIᵉ siècle des portes de chêne à rinceaux ; Tiel garde douze médaillons de saints cernés de lofwerk. À Kampen, Colijn de Nole taille à Utrecht la cheminée de la Schepenzaal (1543-1545) et la fait venir par l'IJssel ; à La Haye, sa chaire aux satyres (1550) tient encore. Utrecht même ne montre que des rescapés et des fragments de retables, au Centraal Museum et au Catharijneconvent. Après la tempête, Zwolle réorne sans images : le koorhek de 1597, offert par les guildes.
Les bronzes et les marbres de la République. Hendrick de Keyser sculpte les visages de la nation naissante : le buste de Vincent Coster (terre cuite v. 1606, marbre 1608), un jaugeur de vin au Rijksmuseum ; le saint Jean du jubé de Bois-le-Duc (1613), aujourd'hui au Victoria & Albert Museum ; et la statue d'Érasme, commandée en 1618, coulée en 1622 sous son fils Pieter — le plus ancien bronze public des Pays-Bas, dressé à un savant. Ceux qui partirent laissent deux objets au Rijksmuseum : l'Hercule Pomarius de Willem van Tetrode, élève de Cellini, et l'autoportrait en terre cuite de Johan Gregor van der Schardt (1573), l'un des premiers autoportraits sculptés. Adriaen de Vries, né à La Haye, n'a presque rien laissé chez lui.
Ce qu'il faut regarder
- Sous les sièges : les miséricordes de Breda, là où l'imagier était libre.
- Les porteurs : les héros antiques de Breda, les satyres de La Haye, les six lions d'Arnhem — la figure qui soutient dit le programme.
- La matière : albâtre et marbre noir pour les princes, cuivre pour le chœur, terre cuite peinte pour le visage vrai, bronze pour l'honneur public.
- Ce qui manque : la place vide du jubé à Bois-le-Duc, la réplique de Breda, les fragments d'Utrecht. Ici, l'absence fait partie de l'œuvre.
Pour aller plus loin
Ce que 1566 a détruit et épargné : La Beeldenstorm de 1566. L'homme du premier bronze public : Érasme et l'humanisme du Nord. Villes à parcourir : Delft, Breda, Amsterdam, Utrecht. Les autres entrées de l'atlas : Châteaux et demeures, Églises, Monuments civils, Peintures, Illustres, Musées, Jardins — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.
