La Renaissance aux Pays-Bas
Illustres de la Renaissance néerlandaise
La Renaissance néerlandaise n'a ni roi ni cour : ses grandes figures sont un humaniste de Rotterdam, un prince rebelle, des pasteurs querelleurs, des marins, des peintres de Haarlem et d'Utrecht, des professeurs de Leyde et des poètes d'Amsterdam. HitsMap en réunit 82, de Geert Grote (1340) à Anna Maria van Schurman (1678), classées ici par familles.
Les précurseurs de Deventer
Tout commence un siècle avant la Renaissance, sur l'IJssel. Geert Grote (1340-1384) fonde à Deventer la Dévotion moderne, ce courant de piété intérieure dont les Frères de la Vie commune copient les livres et tiennent les écoles ; Thomas a Kempis, moine de l'Agnietenberg près de Zwolle, y écrit L'Imitation de Jésus-Christ. À l'école latine de Deventer, Alexander Hegius forme à partir de 1474 la génération qui portera l'humanisme dans tout le Nord — dont un écolier nommé Érasme —, tandis que Richard Pafraet y installe les premières presses.
Les humanistes
Érasme, né à Rotterdam, mort à Bâle en 1536, est la voix la plus écoutée d'Europe : l'Éloge de la Folie (1511), le Nouveau Testament grec, et le rêve d'une Europe des lettres ; sa ville lui dresse en 1622 la première statue publique de bronze des Pays-Bas. Dirck Coornhert, graveur et secrétaire de la ville de Haarlem, forge la prose néerlandaise et défend, seul contre presque tous, la liberté de conscience. L'université de Leyde, fondée en 1575, attire ensuite les deux astres de la philologie : Justus Lipsius, éditeur de Tacite et de Sénèque, y enseigne à partir de 1578 ; Joseph Juste Scaliger, fondateur de la chronologie moderne, y arrive en 1593. Autour d'eux, Janus Dousa, qui commanda la défense de Leyde pendant le siège de 1574 et devint le premier bibliothécaire de l'université, Daniel Heinsius, héritier de Scaliger, et Ubbo Emmius, premier recteur de l'université de Groningue (1614).
La Révolte et la République
Guillaume d'Orange, né à Dillenburg en 1533, prend la tête de la révolte contre Philippe II et meurt assassiné à Delft en 1584 : la Nieuwe Kerk de Delft devient son tombeau et celui de sa maison. Son fils Maurice de Nassau réinvente l'art de la guerre par l'exercice et la discipline, pendant que Johan van Oldenbarnevelt, grand pensionnaire de Hollande à partir de 1586, donne à la Révolte un État et une compagnie des Indes — avant de finir sur l'échafaud en 1619. Philippe de Marnix est la plume de la Révolte et l'auteur présumé du Wilhelmus. Côté Gueldre, Charles de Gueldre et son maréchal Maarten van Rossem avaient, un demi-siècle plus tôt, tenu tête à Charles Quint ; à Utrecht, Trijn van Leemput mène en 1577 les femmes de la ville à la démolition du château espagnol de Vredenburg.
Les querelles de la foi
Adrien VI, fils d'artisan d'Utrecht, est en 1522 le seul pape néerlandais de l'histoire. Menno Simons, prêtre frison, rompt avec Rome en 1536 et donne son nom aux mennonites, un christianisme sans armes. Puis la jeune République se déchire sur la prédestination : Jacobus Arminius conteste à Leyde la doctrine de Calvin, Franciscus Gomarus l'affronte, Johannes Wtenbogaert rédige la Remontrance de 1610, et le synode de Dordrecht (1618-1619) condamne les arminiens — Simon Episcopius fondera en exil la Fraternité remontrante.
Les marins et les cartographes
D'Amsterdam, le pasteur Petrus Plancius dessine les cartes et calcule les routes. Willem Barentsz cherche trois fois le passage du Nord-Est et hiverne dans les glaces de Nouvelle-Zemble en 1596-1597 ; son compagnon Jacob van Heemskerck mourra amiral à Gibraltar en 1607. Cornelis de Houtman ramène en 1597 le premier poivre des Indes, Olivier van Noort boucle en 1601 le premier tour du monde néerlandais, Adriaen Block cartographie la côte de la future New York, et Jan Pieterszoon Coen, né à Hoorn, fonde Batavia — et commet le massacre des îles Banda. Un Frison, Gemma Frisius, avait énoncé dès 1530 le principe de la triangulation.
Les peintres, de Leyde au caravagisme d'Utrecht
Cornelis Engebrechtsz. ouvre à Leyde le premier grand atelier ; son élève Lucas van Leyden (1494-1533) est le seul graveur que l'on ose comparer à Dürer. À Amsterdam, Jacob Cornelisz. van Oostsanen, son fils Dirck Jacobsz. et son petit-fils Cornelis Anthonisz. fondent une école ; à Haarlem, Jan Mostaert peint la cour de Marguerite d'Autriche. Jan van Scorel rapporte de Rome, où il servit le pape Adrien VI, la manière italienne ; ses élèves Maarten van Heemskerck, dessinateur des ruines de Rome, et Anthonis Mor, portraitiste de Charles Quint et de Marie Tudor, la portent partout. Vers 1585, Haarlem devient la capitale du maniérisme avec Hendrick Goltzius, le graveur à la main brûlée, Cornelis Cornelisz. van Haarlem et Karel van Mander, auteur du Schilder-boeck (1604). Utrecht répond par Joachim Wtewael, Abraham Bloemaert et ses trois élèves revenus de Rome vers 1620 avec la lumière du Caravage : Gerard van Honthorst, Hendrick ter Brugghen, Dirck van Baburen. Au seuil du Siècle d'or, Frans Hals saisit le rire à Haarlem, Judith Leyster y est reçue maître en 1633, et le jeune Rembrandt invente le clair-obscur à Leyde.
Les savants de Leyde
Simon Stevin fait entrer la virgule dans les nombres et conseille le prince Maurice. Carolus Clusius dessine en 1594 l'Hortus de Leyde et y acclimate la tulipe ; Rembert Dodoens avait, avec le Cruydeboeck (1554), écrit la botanique en néerlandais. Rudolph Snellius fonde l'enseignement des mathématiques, son fils Willebrord mesure la Terre par triangulation et découvre la loi de la réfraction ; Ludolph van Ceulen calcule π à 35 décimales, gravées sur sa tombe dans la Pieterskerk.
Les lettres et les femmes savantes
P. C. Hooft, bailli de Muiden à partir de 1609, réunit au Muiderslot les meilleurs esprits du siècle ; Bredero fait rire Amsterdam, Joost van den Vondel en devient le poète tragique, Constantijn Huygens découvre Rembrandt, Jacob Cats devient « Vader Cats ». Roemer Visscher élève ses filles Anna et Maria Tesselschade, poétesses et graveuses sur verre, comme des fils ; Anna Maria van Schurman, l'étoile d'Utrecht, est en 1636 la première femme à suivre les cours d'une université — derrière un rideau.
Les sculpteurs partis en Italie
Willem van Tetrode, de Delft, apprend le bronze chez Cellini ; Johan Gregor van der Schardt, de Nimègue, sculpte vers 1573 l'un des premiers autoportraits en terre cuite ; Adriaen de Vries, né à La Haye, élève de Giambologna, meurt à Prague sculpteur impérial. Trois Néerlandais, presque rien laissé au pays — leurs bronzes sont au Rijksmuseau ou en Europe.
Pour aller plus loin
Deux dossiers pour situer ces figures : Érasme et l'humanisme du Nord et La Révolte et la naissance de la République ; pour les peintres : Peindre avant le Siècle d'or. Les villes où ils ont vécu : Leyde, Haarlem, Utrecht, Delft. Les autres entrées de l'atlas : Châteaux et demeures, Églises, Monuments civils, Peintures, Sculptures, Musées, Jardins — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.
