Comprendre la Renaissance
Reconnaître une façade Renaissance hollandaise
Une façade Renaissance hollandaise se reconnaît à trois signes en un coup d'œil : la brique rouge rayée de bandes de pierre blanche, le pignon qui monte en gradins ou en volutes, et l'ornement sculpté — cartouches, mascarons, enroulements — concentré autour des fenêtres et au sommet. Ce vocabulaire, diffusé par les gravures d'Anvers, règne de 1560 à 1635 environ, de Haarlem à Leeuwarden.
D'où vient ce langage
Rien de tout cela n'a été inventé aux Pays-Bas du Nord. Les formes antiques — pilastres, frontons, ordres superposés — arrivent d'Italie via Anvers, non par des architectes mais par des livres : les recueils gravés de Cornelis Floris, puis ceux de Hans Vredeman de Vries, un Frison né à Leeuwarden en 1527 dont les planches d'ornement circulent dans tous les ateliers de tailleurs de pierre. On le voit à la lettre sur le Sint-Jans Gasthuis de Hoorn (1563), dont les six figures de façade recopient les modèles imprimés de Floris, ou sur les frises de la Maison Charles Quint de Zwolle (1571) — masques de lion, crânes de taureau, patères — sorties tout droit d'un cahier de Vredeman de Vries.
Deux hommes traduisent ensuite ce répertoire en un style : Lieven de Key, Gantois réfugié devenu maître d'œuvre de Haarlem, et Hendrick de Keyser, sculpteur et architecte municipal d'Amsterdam. Le premier signe l'hôtel de ville de Leyde (1597) et la Vleeshal de Haarlem (1602-1603) ; le second, la Maison Bartolotti (1617), le Navet Couronné (1615) et l'hôtel de ville de Delft (1618-1620). Entre eux, ils fixent ce que l'on appelle depuis la Renaissance hollandaise.
Les sept signes, du bas vers le haut
1. La brique et la pierre en bandes. Regardez d'abord la couleur : brique rouge coupée d'assises de pierre calcaire claire — les speklagen, « couches de lard », parce que la façade a l'air d'un morceau de poitrine fumée. Elles courent en continu sur le Statenlogement de Hoorn (1613) ou l'hôtel de ville de Naarden (1601).
2. Les fenêtres à croisée. Un meneau et un croisillon de pierre divisent la baie en quatre ; au-dessus, un arc de décharge en brique, souvent piqué de petits blocs blancs alternés. La Latijnse School de Leyde (1599-1600) en aligne des rangées entières.
3. Les ancres. Ces fers en S ou en fleur de lys qui retiennent les planchers ne sont pas cachés mais montrés : la façade du Kloveniersdoelen de Middelburg en porte trente-six.
4. Les cartouches et les enroulements. Autour des dates, des devises et des blasons, l'ornement s'enroule comme du cuir découpé : c'est le rolwerk, la signature de Vredeman de Vries. La Maison Bartolotti en affiche deux, Ingenio et Assiduo LaboreetReligione et Probitate.
5. Les mascarons et les têtes. Masques grimaçants aux clés d'arc, têtes sculptées en façade : les six dieux antiques de la Maison aux Têtes (1622), les satyres de la Duivelshuis d'Arnhem (1539-1546), pris par le peuple pour des diables.
6. Le pignon. C'est lui qui date la maison. À gradins droits (trapgevel) au XVIᵉ siècle, comme sur la Waag de Deventer (1528) ; à gradins ourlés de volutes, de pinacles et d'obélisques vers 1600 — le Navet Couronné est le modèle du genre ; à fronton brisé chez De Keyser. Le pignon à cou (halsgevel), plus sobre, n'apparaît qu'après notre période et annonce le classicisme.
7. Le programme sculpté au sommet. Sur les édifices publics, la façade parle : neuf statues dont la Providence divine sur la Kanselarij de Leeuwarden (1566-1571), cinq Vertus sur la corniche de la Waag d'Enkhuizen (1557-1559), la Justice glaive en main sur l'hôtel de ville de Franeker (1591-1594).
Trois façades pour s'exercer
Commencez par la Vleeshal de Haarlem : sous la profusion — pilastres superposés, bossages, obélisques, têtes de bœuf au-dessus des portes — le plan reste celui d'une halle gothique ; la Renaissance est un vêtement. Passez ensuite à la Maison Bartolotti sur le Herengracht : brique striée de blanc, pignon foisonnant de vases et de masques, fronton brisé — l'exubérance à son apogée, quelques années avant que le goût ne se tourne vers la pierre unie. Finissez par l'hôtel de ville de Leyde : un long écran de pierre bleutée hérissé d'obélisques et de perrons, où l'on mesure la richesse d'une ville en mètres de façade.
Ce qui n'est pas Renaissance hollandaise
Deux pièges. La tour de brique à lanternes ajourées — Zuiderkerk, Munttoren — est bien de De Keyser, mais elle relève d'un art de la verticale qui a ses propres règles. Et une façade lisse à pilastres colossaux, fronton triangulaire et pierre blanche uniforme n'est plus Renaissance : c'est le classicisme hollandais des années 1630-1640, celui de la nef de la Nieuwe Kerk de Haarlem par Jacob van Campen, posée sous la tour de De Key comme pour marquer la frontière.
Pour aller plus loin
Le contexte : Quand commence et finit la Renaissance aux Pays-Bas ?. Qui commande ces façades : La Renaissance sans roi et Hôtels de ville et poids publics. Les villes où les lire à pied : Amsterdam, Haarlem, Leyde, Deventer, Leeuwarden. Les fiches classées : Châteaux et demeures, Monuments civils et militaires — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.
