La Renaissance, ville par ville
Breda à la Renaissance
Aux Pays-Bas, la Renaissance italienne a un point d'entrée, et c'est Breda : entre 1520 et 1540, le comte Henri III de Nassau fait venir de Rome un élève de Raphaël pour son château, sa chapelle funéraire et son jardin. La ville des Nassau se lit en une boucle, du château à la Grote Kerk, avant deux détours hors les murs. Voici l'ordre des pas.
Le château des Nassau et ses tours
Commencez sur les douves. Le Château de Breda fut reconstruit à partir de 1536 par Henri III de Nassau, grand seigneur au service de Charles Quint, sur les plans de Tommaso Vincidor de Bologne, élève de Raphaël : un palais à cours et galeries d'inspiration italienne, chose inédite alors dans les Pays-Bas. Henri III mourut en 1538 ; son fils René de Chalon poursuivit l'œuvre et éleva une chapelle en 1540, puis le château passa par héritage à Guillaume d'Orange. Il est aujourd'hui l'Académie militaire royale, et se regarde surtout depuis l'extérieur. Sur le port, le Spanjaardsgat en est le pendant guerrier : la Duiventoren et la Granaattoren, deux tours à canon heptagonales élevées vers 1530 dans le même goût italien, seuls vestiges des fortifications d'Henri III. Le passage d'eau entre elles ne fut percé qu'à partir de 1610 ; le nom rappelle la ruse du bateau de tourbe de 1590, quand des soldats du prince Maurice cachés dans une péniche reprirent la ville aux Espagnols — mais le bateau entra par le nord du fossé, pas par cette porte.
La Grote Kerk et la Prinsenkapel
La Grande Église est massivement gothique, élevée de 1410 à 1547 par Jan II Keldermans. Mais derrière le chœur, dans la chapelle funéraire des Nassau aménagée vers 1520-1525, Henri III appela Vincidor : en 1533, les voûtes se couvrirent de peintures — parmi les tout premiers exemples de Renaissance italienne au nord des Alpes. Au centre, le tombeau d'Engelbrecht II de Nassau et de Cimburga de Bade (années 1530) : sur une dalle de marbre noir, les gisants ; au-dessus, une seconde dalle portant l'armure du comte, que quatre héros antiques en albâtre soutiennent à genoux — César et Regulus sont lisibles, Hannibal et Philippe de Macédoine souvent proposés. Son auteur reste discuté, entre le cercle de Vincidor et le sculpteur Jean Mone. Ne repartez pas sans relever les abattants des stalles des chanoines : sous les sièges de chêne (les grandes vers 1440-1445, les petites vers 1525), les miséricordes cachent diables, monstres et scènes grivoises, là où aucun regard n'allait. Le triptyque de l'Invention de la Vraie Croix de Jan van Scorel (vers 1542) complète la chapelle.
Le jardin des Nassau et le béguinage déplacé
Entre le château et la ville, le parc Valkenberg fut jusqu'en 1812 le jardin du château : Henri III et son épouse, l'humaniste espagnole Mencía de Mendoza, y firent tracer au XVIᵉ siècle des parterres réguliers à l'italienne — le même couple, la même décennie que la Prinsenkapel. Il en subsiste le pignon du Hoftuin, dernier élément Renaissance du complexe. Mencía, arrivée à seize ans en 1524 avec des livres en huit langues, prit pour précepteur Juan Luis Vives et protégea Gossaert et Van Orley. Dans la Catharinastraat, le Béguinage existe depuis 1270, mais s'il se trouve là, c'est à cause du palais : en 1525, son ancien emplacement se dressait sur l'emprise du chantier. Les béguines résistèrent dix ans et n'acceptèrent le transfert qu'en 1535, contre 600 florins. Deux cours de maisons basses en brique, la chapelle Saint-Wendelin devenue Waalse Kerk en 1590 : le dernier béguinage habité des Pays-Bas, né du remue-ménage d'un chantier princier.
Hors les murs et à côté : Bouvigne, Gageldonk, Bergen op Zoom
Au sud, dans le Mastbos, le Kasteel Bouvigne mire dans ses douves une tour montée étage par étage entre 1554 et le début du XVIIᵉ siècle ; le 8 octobre 1614, Filips Willem d'Orange, fils aîné du Taciturne, l'acheta pour 27 000 florins. Au nord-ouest, le Kasteel Gageldonk est un château fantôme, brûlé par les Gueux de mer en 1573 : restent une tour-porte devenue ferme et une chapelle gothique. À Bergen op Zoom enfin, le Markiezenhof (1485-1520), bâti par les Keldermans pour les seigneurs van Glymes, est le plus ancien palais de ville des Pays-Bas — un bâtiment-seuil où le gothique brabançon commence à écouter la Renaissance. Sur la Grote Markt, l'Hôtel de ville unit trois maisons derrière une façade de 1611 en pierre de Gobertange, gothique en bas, statues, volutes et obélisques en haut ; la Sint-Gertrudiskerk et sa tour Peperbus gardent les traces du « Nieuwe Werck » dessiné en 1489 par Antoon Keldermans et jamais achevé.
Avant de partir
Le récit de l'aire — la Zélande marchande, les villes en étoile de Willemstad et Klundert — est sur la page de l'aire : Zélande & Brabant, la mer et la frontière. Pour situer Breda parmi les palais : Châteaux et demeures. Pour comprendre 1590 et 1625 : La Révolte et la naissance de la République. Pour dater ce qui commence ici : Quand commence et finit la Renaissance aux Pays-Bas ?. Les villes voisines : Delft, Utrecht — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.
