La Renaissance, ville par ville
Kampen à la Renaissance
Kampen est l'une des très rares villes des Pays-Bas à avoir gardé deux portes Renaissance, et celle où l'on peut s'asseoir sous l'une des plus belles cheminées du pays. Entre 1540 et 1620, la cité hanséatique de l'IJssel se donne une salle des échevins, deux entrées de ville et des églises adaptées au prêche. Voici l'ordre des pas, avec Zwolle en voisine.
Deux portes pour une même ville
Commencez par comparer, à quelques centaines de mètres l'une de l'autre, deux réponses opposées à un même programme. La Broederpoort (noyau 1465, refonte 1615) est un corps rectangulaire flanqué de quatre tourelles d'angle élancées, ornées de pierre naturelle : la Renaissance y joue la verticalité et la finesse, presque un château. La Cellebroederspoort (noyau XVᵉ, refonte 1617) plante sur son corps central deux lourdes tours rondes coiffées de hautes pointes ; la date est gravée sur la façade orientale. Même main — Thomas Berendtsz, arpenteur et maître d'œuvre de l'Overijssel —, deux ans d'écart, deux partis. Approchez la Cellebroederspoort côté campagne : elle fut pensée comme un décor d'entrée, pour impressionner qui arrivait à Kampen.
L'Oude Raadhuis et la cheminée de Colijn de Nole
Dans le vieil hôtel de ville, la Salle des échevins est l'un des plus beaux intérieurs Renaissance des Pays-Bas : des lambris de chêne de 1545 et une cheminée monumentale de pierre blanche, taillée de 1543 à 1545 par Colijn de Nole, le sculpteur venu de Cambrai et installé à Utrecht. Elle n'a jamais été taillée à Kampen : sculptée dans son atelier utrechtois, elle fut expédiée démontée par l'IJssel et remontée dans la salle en 1545. Regardez le foisonnement — cariatides, allégories, ornements — puis lisez le programme : un hommage à l'empereur Charles Quint, et surtout un miroir du gouvernement vertueux offert aux échevins qui délibéraient dessous. La Justice et la Prudence sont sculptées là où l'on rendait la justice de la ville. La même main a taillé la chaire de la Grote Kerk de La Haye.
Les églises et le Muet de Kampen
Que Kampen ait eu deux vastes paroisses dit sa richesse. La Buitenkerk, l'« église du dehors », dédiée à Notre-Dame, fut commencée vers 1369 par Rutger van Ceulen, sa tour élevée de 1453 à 1481 ; vers 1580, après la prise de la ville par les partisans du prince, elle passa au culte réformé — comme sa grande sœur, la Bovenkerk, l'« église du haut ». La Broederkerk, église des franciscains, brûla en 1472 et fut relevée avec une petite tour octogonale entre ses deux nefs ; en 1581, les protestants dressèrent un mur entre la nef et le chœur — on n'avait plus besoin d'un autel, mais d'une salle pour écouter le prêche. C'est dans cette Kampen que grandit Hendrick Avercamp, né à Amsterdam en 1585, sourd-muet, surnommé le Muet de Kampen, mort ici en 1634 : son Paysage d'hiver avec patineurs (vers 1608, Rijksmuseum) fait tenir près de deux cents figures sur la glace, nobles et paysans mêlés.
À côté : Zwolle
Zwolle partage avec Kampen le même bâtisseur et la même histoire. Sur le Grote Markt, la Hoofdwacht (1614), corps de garde attribué à Thomas Berentz, a deux portes pour deux salles — la garnison à gauche, la garde bourgeoise à droite — et porte en lettres d'or « Vigilate et orate — 1614 ». En face, la Grande Église Saint-Michel (1406-1466) a perdu en 1682 la plus haute tour des Pays-Bas ; réformée dès décembre 1578, elle reçut des guildes le koorhek de 1597 de Sweer Kistemaker, chêne ajouré et colonnes de cuivre à la manière de Vredeman de Vries — le premier grand ornement d'une église sans images. Dans la Sassenstraat, la Maison Charles Quint (1571) doit son nom au buste de l'empereur posé au sommet d'une façade de grès rayée de frises : masques de lions, crânes de taureaux, arabesques, tout le vocabulaire des recueils de Vredeman de Vries, commandé par Anna van Westerholt. Enfin la Basilique Notre-Dame et sa tour Peperbus (1463-1482, 75 mètres) furent chassées du culte de 1580 à 1810 — entrepôt et magasin pendant deux siècles, avant le retour aux catholiques. Sur la colline de l'Agnietenberg, tout près, vécut et mourut Thomas a Kempis.
Avant de partir
Le récit de l'aire — la Hanse, la Renaissance venue de l'est, le Duivelshuis de Van Rossem — est sur la page de l'aire : Gueldre & Overijssel, les villes de l'IJssel. Pour comprendre les murs de séparation et le koorhek : La Beeldenstorm de 1566. Pour lire les frises de la Maison Charles Quint : Reconnaître une façade Renaissance hollandaise. Les villes voisines : Deventer, Utrecht — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.
